Page 114 - La Généalogie retrouver ses ancêtres
P. 114

LES ANCIENS CANADIENS                                 115

         transporter, mon père?   Ecoutez, maintenant, ajouta-t-il en
         approchant sa bouche de l'oreille du vieillard comme s'il eût
         craine d'être entendu de ceux qui étaient dehors, écoutez: votte
         petit-fils parait actif et intelligent; qu'il parte à toute bride, s'il
         peut se procuret un cheval, pour avertir vos compatriotes que
         j'ai ordre de tout brûler sur mon passage: ils auront peut-être
         le temps de sauver leurs effets les plus précieux_
            - Vous êtes un bon et brave jeune homme! s'écria le vieil-
         lard: si vous étiez catholique, je vous donnerais ma bénédiction;
         mais} merci, cent fois merci!
            - Je suis catholique, dit de Locheil!.
            Le vieillard Se souleva de sa couche avec peine, éleva ses
         yeux vers le ciel, étendit les deux mains sur Arché, qui baissa
         la tête, et s'écria:
            -  Que le bon Dieu vous bénisse pour cet acte d'humanité!
         Qu'au jour des grandes afflictions, lorsque vous implorerez la
         miséricorde divine, Dieu vous tienne compte de votre compas-
         sion pour vos ennemis, et qu'il veuille bien vous exaucer!
         Dites-lui alors avec confiance, dans les grandes épreuves: j'ai
         été béni par un viei1lard moribond, mon ennemi!
            Les soldats transporcèrent, à la hâte, le viei1lurd et son lit à
         l'entrée d'un bois adjacent; et de Locheill eur la satisfaction,
         lorsqu'il reprit sa marche, de voir un petit garçon, monté sur
         un jeune cheval fougueux, qui brûlait l'espace devant lui.  Il
         respira plus librement.
            L'œuvre de destruction continuait toujours; mais Arché avait
         de remps à autre la consolation, lorsqu'il arrivait sur une émi-
         nence qui commandait une certaine étendue de rerrain, de voir
         les femmes, les vieillards et les enfants, chargés de ce qu'ils
         avaient de plus précieux, se réfugier dans les bois circonvoisins.
         S'i1 était lOuché jusqu'aux larmes de leurs malheurs, il se
         réjouissait intérieurement d'avoir fait tout en son pouvoir pour
         adoucir les perres de ces inforronés.
   109   110   111   112   113   114   115   116   117   118   119