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                                    LE
CHA\u00ceNON
HIVER
2024
13
Tout
au
long
du
grand
d\u00e9rangement
Homme
de
th\u00e9\u00e2tre
auteur
et
metteur
en
sc\u00e8ne
Edgard
Demers5
habitait
la
Basse-Ville
et
il
s
est
trouv\u00e9
aux
premi\u00e8res
loges
de
la
\u00ab
r\u00e9novation
urbaine
\u00bb
Journaliste
au
quotidien
Le
Droit
depuis
1951
il
a
tout
vu
tout
entendu
et
tout
v\u00e9cu
de
ce
qui
se
passait
autour
de
lui\u2026
de
l
int\u00e9rieur
en
quelque
sorte
Et
il
a
racont\u00e9
de
fa\u00e7on
tr\u00e8s
sensible
les
\u00e9pisodes
de
ce
grand
d\u00e9rangement
social
et
culturel
T\u00e9moin
privil\u00e9gi\u00e9
il
prenait
manifestement
le
parti
des
expropri\u00e9s
des
francophones
des
paroissiens
de
Sainte-Anne
Michel
Lafleur,
lui
s
est
d\u00e9couvert
tr\u00e8s
 jeune
une
passion
pour
la
photo
R\u00e9sident
de
la
rue
Friel
il
est
devenu
 journaliste
photographe
au
quotidien
Le
Droit
et
il
a
tout
mis
sur
pellicule
Il
a
pris
des
centaines
et
5
Demers
Edgard
(CRCCF,
fonds
P362)
des
centaines
de
photos
de
la
Basse-Ville
des
maisons
des
coins
de
rue
des
magasins
des
d\u00e9panneurs
de
la
rivi\u00e8re
Rideau
des
ponts
Minto
du
pont
Noir,
du
pont
de
l
\u00eele
Porter,
du
parc
Borden
du
parc
Bordeleau
de
l
\u00e9glise\u2026
Sa
collection
de
clich\u00e9s
est
impressionnante6
\u00ab\u00a0Les
gens
de
ma
rue\u00a0\u00bb
Le
17
novembre
Demers
ajoute
\u00e0
son
article
\u00ab
De
l
Acad\u00e9mie
\u00e0
l
\u00e9cole
secondaire
\u00bb
ce
que
 j
appellerais
un
long
po\u00e8me
en
prose
intitul\u00e9
\u00ab
Les
gens
de
ma
rue
\u00bb
Il
y
pr\u00e9sente
maison
par
maison
ses
voisins
de
la
rue
Saint-Joseph
art\u00e8re
qui
n
existe
plus
Toutes
les
maisons
soit
un
total
de
660
ont
\u00e9t\u00e9
expropri\u00e9es
et
d\u00e9molies
et
tous
ses
anciens
voisins
qui
faisaient
partie
des
2600
personnes
chass\u00e9es
de
leur
demeure
sont
partis\u2026
 Avant
l
expropriation
on
comptait
2600
familles
et
9400
personnes
dans
le
secteur
est
de
la
Basse-Ville
Tout
le
quartier
n
est
qu
un
immense
chantier
o\u00f9
le
bulldozer
est
ma\u00eetre
C
est
l
exode
de
la
population
Demers
met
sa
m\u00e9moire
au
travail
et
redonne
vie
\u00e0
ses
anciens
voisins
constituant
ainsi
un
m\u00e9morial
un
monument
\u00e9lev\u00e9
en
leur
honneur
C
\u00e9tait
une
 petite
rue
 pas
tellement
longue
Elle
touchait
\u00e0
la
rue
St-Patrice
d
un
bout
et
\u00e0
St-Andr\u00e97
de
l
autre
 Mais
pour
nous
les
r\u00e9sidents
qui
la
 peuplaient,
cette
 petite
rue
valait
les
larges
avenues
et
les
 jolis
boulevards
de
la
Haute\u0002
Ville
Au
coin
de
St-Patrice,
il
y
avait
l
\u00e9picerie
des
Racine,
et
de
l
autre
c\u00f4t\u00e9,
la
cordonnerie
d
un
 petit
monsieur
 juif.
\u2026
 Mais
commen\u00e7ons
 par
l
\u00e9picerie
des
Racine
C
est
dans
son
enceinte,
qui
donnait
l
impression
d
un
magasin
g\u00e9n\u00e9ral
miniature,
que
t\u00f4t
ou
tard
les
 gens
de
ma
rue
se
rencontraient
\u00e0
un
moment
ou
un
autre
Les
hommes
venaient
y
bavarder
des
 propos
du
 jour
dans
le
domaine
du
sport
et
de
la
 politique
\u2026
tandis
que
les
 femmes
\u00e9changeaient
les
derni\u00e8res
rumeurs
en
achetant
du
 pain
des
\u0153ufs
des
liqueurs
douces
du
 fil
ou
des
aiguilles
Les
Racine
tenaient
une
\u00e9picerie
du
coin
typique
Ils
 faisaient
m\u00eame
cr\u00e9dit
Quant
au
cordonnier
 juif,
il
\u00e9tait
le
 petit
homme
anonyme
par
excellence
Un
soir,
toutefois
il
devint
le
h\u00e9ros
de
l
heure
L
Office
national
du
 film
tourna
une
s\u00e9quence
d
un
vol
\u00e0
main
arm\u00e9e
dans
sa
cordonnerie
Tout
le
monde
du
quartier
vint
 jeter
un
regard
que
l
on
voulait
 furtif,
mais
qui
6
De
tr\u00e8s
nombreuses
photos
de
Michel
Lafleur
ont
\u00e9t\u00e9
publi\u00e9es
dans
divers
num\u00e9ros
du
Cha\u00eenon
et
expos\u00e9es
\u00e0
plusieurs
occasions
7
Les
r\u00e9sidents
de
la
Basse-Ville
ont
toujours
francis\u00e9
les
noms
des
rues
St
Patrick
et
St
Andrew
NOTRE
COMMUNAUT\u00c9
NOS
INSTITUTIONS
Carte
de
la
Basse-Ville
Est
avant
et
apr\u00e8s
la
transformation
du
territoire
Photo
Michel
Lafleur

                                
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